Un rêve étrange
Tout le monde se dépêchait. On fuyait, plus ou moins méthodiquement, mais on fuyait. Une foule de gens. Combien étions-nous ? Peut-être cent. Peut-être deux cent. Peut-être moins. Toujours est-il que lon se dépêchait de séloigner de lennemi invisible. Je ressentais la même angoisse, la même peur profonde que dans chaque rêve du même genre, sauf que cette fois, je nétais pas seule. A cet endroit du rêve, cest plus ou moins flou. Nous sommes tous dans leau maintenant. Les rangs sont desserrés : les plus rapides devant, quon ne voit plus, les plus lents à la traîne. On marche, on se hâte, mais leau qui nous arrive à la taille pour certains, ou juste aux cuisses pour dautres, nous ralentit et nous fatigue beaucoup.
Tout à coup, jarrive enfin en vue du bateau (pas le peine de se demander des détails du style « il sort doù ce bateau ? » : ce nest quun rêve). Jarrive par la poupe. Un très large derrière, carré, avec de grands escaliers pour atteindre le haut de cette étrange embarcation qui, visiblement, est sur le point de partir. Il faut que je me dépêche ou alors je vais rester là. Quand un homme un des chefs maide : « allez, monte ! Il était temps. Et les autres ? Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps, il faut partir ». Je suis sur lengin.
Suis un passage très flou dans mon esprit (il lest plus encore, à lheure où je tape ces lignes), avec un monstre que quelques personnes et moi parvenons à éviter ( monstre qui sautait beaucoup, à ce que je me rappelle).
Les survivants, toujours aussi dispersés mais suivant la même direction, descendent maintenant des rochers. Je ne sais pas où lon va, mais on descend. Et cest dur ! Il y a du vent (comme cette fois où on était aux Goudes et que Muriel était enceinte de Camille). Je narrive pas à garder mon équilibre et observe avec appréhension les vagues qui se fracassent sur les rochers, plus bas, non loin de moi. Je perds de vue celui qui me précédait. Je ne bouge plus, agrippée à la roche qui blesse mes mains. Chaque rafale me fait frémir. Tout le monde me passe devant. Ils ont lair de navoir aucun problème, eux ! Soudain, japerçois Maman. Elle me voit et vient vers moi. Je remarque Jean-Charles qui arrive. Jean-Charles je ne vois pas du tout ce quil vient faire dans ce rêve qui ne correspond pas du tout à son caractère petit blond sportif aux yeux bleus est moniteur de tir à larc à lUCPA de Bois-le-Roi et soccupe surtout des enfants. Dans mon rêve, cest lui qui nous avait indiqué litinéraire de descente que nous suivions. Mais il ne vient pas vers nous et empreinte un autre chemin. « Regarde, Maman ! On doit pouvoir passer par-là, suivons-le ! ». En effet, quand on arrive au point doù il a disparu, il y a un escalier qui descend en hélice dans de sombres profondeurs. Nous nous y engageons, rapidement suivies par quelques curieux. Arrivées en bas, nous ne voyons personne. Il ny a plus de mer. Juste des buissons, et par endroits quelques arbres, ou groupes darbres. Latmosphère est lourde, silencieuse et chaude.
Je ne sais pas comment, on se retrouve dans la Twingo. Cest Maman qui conduit. Il y a quelque chose qui métonne : on fait du tous terrains et on nest même pas secouées. Au bout de peu de temps la voiture tombe tout de même en panne. A ce moment, des gens surgissent de nulle part. On sort alors de la voiture et chacune se sauve de son côté. Je parviens à leur échapper, et finalement, jarrive devant une maison. Au cours de la poursuite, je me suis envolée, difficilement et avec lourdeur au début, comme dhabitude, mais avec laltitude, je semble gagner en légèreté. Je regarde par une fenêtre. A lintérieur, il y a une petite dizaine de personnes, sûrement les bandits que nous fuyons ; et parmi eux, je vois Jean-Charles. Lui ! Je naurais pas deviné ! Mon sang ne fait quun tour. Il a dû guider les autres dans un traquenard et il faut que je les prévienne. Jespère quils ne mont pas vue. Avant de partir, jentends que lun deux, qui faisait parti de notre groupe, se fait appeler par un autre nom que le sien Or son nom, jen suis certaine que son nom était véritable et quil nétait pas un traître : cétait un de nos chefs disparus. Jétais dans une sorte de véranda que je quitte par une fenêtre ouverte dans le toit. Je pars le plus discrètement possible, sans voler trop haut.
Ca y est, jarrive au camp. Je vois un chef, ainsi que ma mère, qui les a rejoints. Je mapproche pour les avertir du danger et là, je vois Jean-Charles. Je menvole à quatre mètres du sol. « Il faut que je vous dise » Je commence à parler en regardant le chef, mais Jean-Charles se rapproche. Comme attirée par un aimant, je redescends et atterris à quelques pas de lui. Il me regarde droit au fond des yeux. Je sens une douce sensation menvahir, il me fixe toujours intensément. Je suis hypnotisée. Je me tais. Joublie tout. Ce pourquoi je suis là. Ce que je voulais dire. Qui est réellement Jean-Charles. Ca, non, en fait, je le sais, mais cela mest désormais complètement égal. En même temps, je me sens heureuse et paisible. Je me sens différente. Ma vie prend un sens différent. Il me demande :
- Comment tappelles-tu ?
- Cécile
Il fronce légèrement ses sourcils et je vois bien que ce nest pas la réponse quil attendait. Jajoute alors un nom que jai oublié mais qui nest pas le mien.
- Bien, le prénom est le même, mais si ton subconscient y tient.
- Cécile, Cécile Que se passe-t-il ? dit ma mère.
- Ce nest plus la même personne. Voilà ce qui a dû arriver à ceux qui ont disparu et qui ne sont pas morts. On ne peut plus rien faire.
- Viens, me dit Jean-Charles.
Je ne vois plus personne dautre que lui, mon nouveau chef. Je le suis docilement, comme sil en avait toujours été ainsi.
Nous arrivons à lendroit où jespionnais tout à lheure. Je me rappelle furtivement quelques paroles que javais alors entendues. « Quand on sapproche de lui, cest lui qui peut provoquer cette douleur, volontairement ou non », « elle nagit pas sur Jean-Charles bien sûr » Il y a cinq ou six personnes assises sur de hauts tabourets devant un bar. Jean-Charles me présente rapidement puis sen va vaquer à ses occupations. Je suis à lextérieur de la pièce. Poussée par une sorte de tout nouvel instinct de meute, sorte de sentiment grégaire, comme un tout jeune animal, je rentre dans la pièce pour me rapprocher des autres membres du groupe, avec cette envie de plaire qui est toute naturelle chez les jeunes. Cétait pour moi comme si ces inconnus étaient mes « frères », ma « famille », et il fallait que je les rejoigne. Au moment où je pénètre dans la pièce, une douleur menvahit soudainement et me fait reculer. Dans tout mon buste, en de multiples endroits, je sens comme des dizaines de points de côté qui me coupent le souffle. Un grand garçon dune quarantaine dannée, brun, plutôt maigre et pas très beau, se lève et vient vers moi. La douleur satténue et mon attention se concentre sur lui. Il sapproche encore, se penche, et tend se joue droite. Je lui fais une bise sur chaque joue. A la façon dont il détourne sa joue gauche et prend un air mécontent, je comprends. Ainsi, je lui fais de nouveau deux bises, sur la joue droite uniquement. Lair satisfait, il sourit et me sert contre lui. Jai alors une impression bizarre dans mon estomac et la douleur disparaît. Jentends « il lui permet de ne plus avoir mal quand il est là ! Incroyable ». Des chuchotements. Lhomme est manifestement respecté. Je trouve que cela a assez duré et le repousse doucement puis méloigne. Je prends mon pouls au poignet. Mon cur bât différemment, mais dune façon très calme et très régulière. Je veux montrer cela à Jean-Charles quand je tombe nez à nez avec une femme du groupe qui me rejette. Elle a lair très « occupée », et on dirait que ma venue lincommode. Je crois que cétait la seule femme. Je la reconnais, mais dans mon rêve, cela ne me choque pas. Elle a lapparence de Sophie Marceau