Un rêve étrange

Publié le par Cécile

Rêve du 03/07/99

 

Tout le monde se dépêchait. On fuyait, plus ou moins méthodiquement, mais on fuyait. Une foule de gens. Combien étions-nous ? Peut-être cent. Peut-être deux cent. Peut-être moins. Toujours est-il que l’on se dépêchait de s’éloigner de l’ennemi invisible. Je ressentais la même angoisse, la même peur profonde que dans chaque rêve du même genre, sauf que cette fois, je n’étais pas seule. A cet endroit du rêve, c’est plus ou moins flou. Nous sommes tous dans l’eau maintenant. Les rangs sont desserrés : les plus rapides devant, qu’on ne voit plus, les plus lents à la traîne. On marche, on se hâte, mais l’eau qui nous arrive à la taille pour certains, ou juste aux cuisses pour d’autres, nous ralentit et nous fatigue beaucoup.

Tout à coup, j’arrive enfin en vue du bateau (pas le peine de se demander des détails du style « il sort d’où ce bateau ? » : ce n’est qu’un rêve). J’arrive par la poupe. Un très large derrière, carré, avec de grands escaliers pour atteindre le haut de cette étrange embarcation qui, visiblement, est sur le point de partir. Il faut que je me dépêche ou alors je vais rester là. Quand un homme – un des chefs – m’aide : « allez, monte ! Il était temps. – Et les autres ? – Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps, il faut partir ». Je suis sur l’engin.

 

Suis un passage très flou dans mon esprit (il l’est plus encore, à l’heure où je tape ces lignes), avec un monstre que quelques personnes et moi parvenons à éviter ( monstre qui sautait beaucoup, à ce que je me rappelle).

 

Les survivants, toujours aussi dispersés mais suivant la même direction, descendent maintenant des rochers. Je ne sais pas où l’on va, mais on descend. Et c’est dur ! Il y a du vent (comme cette fois où on était aux Goudes et que Muriel était enceinte de Camille). Je n’arrive pas à garder mon équilibre et observe avec appréhension les vagues qui se fracassent sur les rochers, plus bas, non loin de moi. Je perds de vue celui qui me précédait. Je ne bouge plus, agrippée à la roche qui blesse mes mains. Chaque rafale me fait frémir. Tout le monde me passe devant. Ils ont l’air de n’avoir aucun problème, eux ! Soudain, j’aperçois Maman. Elle me voit et vient vers moi. Je remarque Jean-Charles qui arrive. Jean-Charles – je ne vois pas du tout ce qu’il vient faire dans ce rêve qui ne correspond pas du tout à son caractère – petit blond sportif aux yeux bleus est moniteur de tir à l’arc à l’UCPA de Bois-le-Roi et s’occupe surtout des enfants. Dans mon rêve, c’est lui qui nous avait indiqué l’itinéraire de descente que nous suivions. Mais il ne vient pas vers nous et empreinte un autre chemin. « Regarde, Maman ! On doit pouvoir passer par-là, suivons-le ! ». En effet, quand on arrive au point d’où il a disparu, il y a un escalier qui descend en hélice dans de sombres profondeurs. Nous nous y engageons, rapidement suivies par quelques curieux. Arrivées en bas, nous ne voyons personne. Il n’y a plus de mer. Juste des buissons, et par endroits quelques arbres, ou groupes d’arbres. L’atmosphère est lourde, silencieuse et chaude.

 

Je ne sais pas comment, on se retrouve dans la Twingo. C’est Maman qui conduit. Il y a quelque chose qui m’étonne : on fait du tous terrains et on n’est même pas secouées. Au bout de peu de temps la voiture tombe tout de même en panne. A ce moment, des gens surgissent de nulle part. On sort alors de la voiture et chacune se sauve de son côté. Je parviens à leur échapper, et finalement, j’arrive devant une maison. Au cours de la poursuite, je me suis envolée, difficilement et avec lourdeur au début, comme d’habitude, mais avec l’altitude, je semble gagner en légèreté. Je regarde par une fenêtre. A l’intérieur, il y a une petite dizaine de personnes, sûrement les bandits que nous fuyons ; et parmi eux, je vois Jean-Charles. Lui ! Je n’aurais pas deviné ! Mon sang ne fait qu’un tour. Il a dû guider les autres dans un traquenard et il faut que je les prévienne. J’espère qu’ils ne m’ont pas vue. Avant de partir, j’entends que l’un d’eux, qui faisait parti de notre groupe, se fait appeler par un autre nom que le sien… Or son nom, j’en suis certaine que son nom était véritable et qu’il n’était pas un traître : c’était un de nos chefs disparus. J’étais dans une sorte de véranda que je quitte par une fenêtre ouverte dans le toit. Je pars le plus discrètement possible, sans voler trop haut.

 

Ca y est, j’arrive au camp. Je vois un chef, ainsi que ma mère, qui les a rejoints. Je m’approche pour les avertir du danger et là, je vois Jean-Charles. Je m’envole à quatre mètres du sol. « Il faut que… je vous dise… » Je commence à parler en regardant le chef, mais Jean-Charles se rapproche. Comme attirée par un aimant, je redescends et atterris à quelques pas de lui. Il me regarde droit au fond des yeux. Je sens une douce sensation m’envahir, il me fixe toujours intensément. Je suis hypnotisée. Je me tais. J’oublie tout. Ce pourquoi je suis là. Ce que je voulais dire. Qui est réellement Jean-Charles. Ca, non, en fait, je le sais, mais cela m’est désormais complètement égal. En même temps, je me sens heureuse et paisible. Je me sens différente. Ma vie prend un sens différent. Il me demande :

-         Comment t’appelles-tu ?

-         Cécile…

Il fronce légèrement ses sourcils et je vois bien que ce n’est pas la réponse qu’il attendait. J’ajoute alors un nom que j’ai oublié mais qui n’est pas le mien.

-         Bien, le prénom est le même, mais si ton subconscient y tient.

-         Cécile, Cécile… Que se passe-t-il ? dit ma mère.

-         Ce n’est plus la même personne. Voilà ce qui a dû arriver à ceux qui ont disparu et qui ne sont pas morts. On ne peut plus rien faire.

-         Viens, me dit Jean-Charles.

Je ne vois plus personne d’autre que lui, mon nouveau chef. Je le suis docilement, comme s’il en avait toujours été ainsi.

 

Nous arrivons à l’endroit où j’espionnais tout à l’heure. Je me rappelle furtivement quelques paroles que j’avais alors entendues. « Quand on s’approche de lui, c’est lui qui peut provoquer cette douleur, volontairement ou non », «  elle n’agit pas sur Jean-Charles bien sûr »… Il y a cinq ou six personnes assises sur de hauts tabourets devant un bar. Jean-Charles me présente rapidement puis s’en va vaquer à ses occupations. Je suis à l’extérieur de la pièce. Poussée par une sorte de tout nouvel instinct de meute, sorte de sentiment grégaire, comme un tout jeune animal, je rentre dans la pièce pour me rapprocher des autres membres du groupe, avec cette envie de plaire qui est toute naturelle chez les jeunes. C’était pour moi comme si ces inconnus étaient mes « frères », ma « famille », et il fallait que je les rejoigne. Au moment où je pénètre dans la pièce, une douleur m’envahit soudainement et me fait reculer. Dans tout mon buste, en de multiples endroits, je sens comme des dizaines de points de côté qui me coupent le souffle. Un grand garçon d’une quarantaine d’année, brun, plutôt maigre et pas très beau, se lève et vient vers moi. La douleur s’atténue et mon attention se concentre sur lui. Il s’approche encore, se penche, et tend se joue droite. Je lui fais une bise sur chaque joue. A la façon dont il détourne sa joue gauche et prend un air mécontent, je comprends. Ainsi, je lui fais de nouveau deux bises, sur la joue droite uniquement. L’air satisfait, il sourit et me sert contre lui. J’ai alors une impression bizarre dans mon estomac et la douleur disparaît. J’entends «  il lui permet de ne plus avoir mal quand il est là ! Incroyable… ». Des chuchotements. L’homme est manifestement respecté. Je trouve que cela a assez duré et le repousse doucement puis m’éloigne. Je prends mon pouls au poignet. Mon cœur bât différemment, mais d’une façon très calme et très régulière. Je veux montrer cela à Jean-Charles quand je tombe nez à nez avec une femme du groupe qui me rejette. Elle a l’air très « occupée », et on dirait que ma venue l’incommode. Je crois que c’était la seule femme. Je la reconnais, mais dans mon rêve, cela ne me choque pas. Elle a l’apparence de Sophie Marceau…

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Publié dans Ecrits

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