J.O.S.H. Chapitre 1

Publié le par Cécile

Un trou noir

 

Il y avait un bruit infernal. L'homme avait peur, autour de lui, des cris, des suppliques. Il attendait. Il attendait son tour, sans doute. Mais qu'attendait-il, au juste? Qu'avait-il fait, mais qu'avait-il bien pu faire pour être là? La mémoire lui faisait défaut à ce sujet, il ne savait même plus qui il était. "Rester calme, surtout ne pas paniquer", se disait-il pour se rassurer. Mais ce qui lui faisait le plus peur, ce n'était pas les horribles gémissements qui l'entouraient - et pourtant ils lui glaçaient le sang - mais le fait que sa tête était emplie d'un grand vide. Un gouffre si profond qu'il lui semblait n'avoir jamais rien vécu. Et il découvrait avec appréhension ce qui l'entourait. Pourquoi faisait-il aussi sombre? Tachant de reprendre ses esprits, il entreprit alors d'"explorer" les lieux du regard. Il eut d'abord du mal, mais ses yeux s'habituèrent un peu à la pénombre, et ce qu'il vit ne le rassura pas. La pièce était petite et ressemblait à une cellule, mais y avait-il seulement une fenêtre? Il fallait qu'il le sache, aussi se leva-t-il, et à peine eut-il entrepris quelques pas qu'il entendit une courte sonnerie, puis un bruit sans doute provoqué par un appel d'air, et certains gémissements se firent plus ténus, d'autres plus suppliants. Alors il entendit un pas lourd et décidé qui semblait se rapprocher, suivi de quelques autres. Il entendit que l'homme composait un code, puis la porte s'ouvrit. Aveuglé, il ferma les yeux pour ne les rouvrir que quand la porte se fut refermée. D'abord il ne perçut que des pas, une autre porte qu'on ouvrait, il reconnut aussi le bruit que font des pieds traînant, ne voulant pas aller là où on les emmène. Puis le calme s'installa. Il se rendit alors compte qu'il n'était plus seul : il percevait le bruit d'une respiration se rapprochant. Instinctivement, il recula, mais buta contre quelque chose et tomba à la renverse. Une voix se fit alors entendre.
- Non, ne crains rien.
Ce disant, il le releva et s'empressa d'ajouter :
- Ce n'est pas de moi que tu dois avoir peur, mais d'eux, dehors.
- Qui?
- Ah, tu es nouveau! Je m'appelle Armand.
- Qui?
- Est-ce les seuls mots que tu connais? Comment t'appelles-tu?
- Je...Je...
- Tu ne te rappelles plus et c'est aussi bien comme ça, après tout.
Armand s'éloigna pour s'étendre sur ce qui devait être un lit, mais l'homme voulait encore parler, il voulait essayer de comprendre. D'autre part, il avait ressenti de la mélancolie, une sorte de douleur profonde dans la voie de son interlocuteur. Il le rejoignit alors et lui demanda doucement si cela allait. Armand se mit alors soudainement à sangloter.
- J'aimerais pouvoir te dire que tout va bien, je voudrais, mais...
- Calme-toi. Pour l'instant tout va bien.
L'homme posa alors sa main sur l'épaule d'Armand pour le réconforter, il savait que toute parole était inutile. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, sans bouger, dans ce silence, qui, parfois, laissait échapper une plainte plus ou moins rapprochée. Ce fut Armand qui parla le premier, coupant le silence et voulant sans doute penser à autre chose.
- Il va falloir songer à te trouver un nom, le Nouveau, ce sera plus commode!
- Oui, c'est vrai, répondit il en souriant. Et se relevant, il manqua de tomber pour la deuxième fois, cette fois rattrapé par Armand.
- J'ai du mal à m'habituer à la pénombre.
- Cela viendra, allez, viens, je vais te montrer ton lit.
Les deux hommes se couchèrent mais mirent du temps à trouver le sommeil. L'un avait peur de ce qu'il ignorait et croyait deviner, et l'autre de ce qu'il savait.

 

Sentant une légère pression sur son épaule, il se retourna et vit Armand, qu'une pâle lueur éclairait. Celui-ci lui souriait. Il lui fit signe de se lever, et arrivant devant une fenêtre, il le regarda d'un air complice.
- Pourquoi ne me l'as-tu pas dit?
- Je voulais te faire la surprise. Il y a si peu de bonheur dans ce qu'il nous reste...
Les deux hommes se turent pour admirer le lever du soleil, qui parut plus splendide que jamais pour le nouveau venu. Peu à peu, lentement mais sûrement, il s'élevait dans le ciel pour reprendre sa place le temps d'une journée qui serait sûrement magnifique, à l'extérieur...
- Bientôt ils vont venir nous chercher pour manger, et nous faire "sortir", pour nous garder en bonne santé, comme ils disent, murmura Armand. L'autre homme taisait les questions qui lui brûlaient les lèvres; de toute façon, il saurait probablement tout assez tôt. La veille, la douleur d'Armand l'avait ému, et il le sentait maintenant si lointain, si fermé, qu'il préférait garder le silence. Et avec le soleil semblaient renaître les plaintes, simplement étouffées par la nuit. Il se demandait ce qu'il faisait là. Il ne s'était même pas douté que la pénombre pouvait être due à la nuit! Peut-être était-ce à cause de l'atmosphère qui émergeait de l'endroit où il se trouvait, qui rendait tout si noir, qui rendait son avenir si sombre et incertain. Il se résolut à attendre ceux qui devaient venir avec un certain courage dont il ignorait la provenance.

 

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Publié dans Ecrits

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