Crime
Crime
"Hors de question ! C'est hors de question !
- Comme tu veux, docteur, toi et toi seul choisis ta destinée..."
Sans attendre la suite, le docteur Gordet se leva brusquement et sortit par la porte la plus proche, qu'il claqua juste derrière lui.
Dans sa voiture, sa bonne vieille Renault 5, il se sentit quelque peu soulagé. En fait, il était toujours pris de sueurs froides et ne cessait de repenser à la proposition de l'homme. Peu à peu, l'état de colère duquel il était sorti de la maison se métamorphosa en peur. Il repensa à la dernière phrase de l'homme : qu'avait-il donc voulu dire ? Il était fou, c'était certain. Et cette affreuse...Ce qui n'avait été qu'une brûlure légère puis s'était apaisé, lui picotait de nouveau la cuisse de plus en plus violemment.
Il arrivait chez lui. Tout le monde dormait. Pour ne pas réveiller sa femme qui s'endormait difficilement, et qui plus est avait le sommeil léger, il se coucha sur le canapé du salon.
"Age ?
- 35 ans.
- Voilà, vous pouvez emmener le corps. Madame Gordet, encore une fois, toutes mes condoléances, votre mari était un homme formidable, à ce qu'on m'a dit... Voulez-vous boire un café ? S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour vous, n'hésitez pas à m'appeler, tenez, voici ma carte." Madame Gordet ne leva même pas les yeux. mais elle pleurait, elle pensait, pourquoi Henri était-il donc mort ? L'inspecteur Volec, la voyant si silencieuse et noyée dans le chagrin de la mort d'un proche, lui mit sa carte dans les main et lui dit : "N'oubliez pas. Appelez-moi si vous vous rappelez de quoi que ce soit... C'est important, vous comprenez ?" Elle hocha la tête en signe d'acquiescement, mais que voulait au juste cet inspecteur ? Que savait-il de ce qu'elle endurait ? Elle serrait Sophie et Antoine dans ses bras, qui, quoiqu'ils ne comprissent pas trop ce qui se passait, adoptaient la même attitude que leur mère.
Assis, tout en regardant le journal télévisé, Martin caressait Maïeka, dont le soyeux et fourni pelage lui rappelait des souvenirs. Lors d'un séjour dans le Massif Central, il avait découvert des loups, séquestrés dans un coin isolé de tout. Enfermés dans des cages minuscules et mangeant sans doute très peu, les animaux étaient devenus squelettiques et faisaient peur à voir - aux deux sens du terme. Cette nuit-là, Martin avait entendu des hurlements étranges qui l'avaient tiré hors de son sommeil et l'avaient attiré près des cages. Le spectacle le choqua et le marqua profondément. Dès le lendemain, à l'aube, il appela la police, mais ne parvint malheureusement qu'à sauver un louveteau : le propriétaire des lieux, en apercevant la police, avait tué "ses" loups, "les siens" avait-il dit. Malgré tout, même si personne ne le sut, un petit loup fut épargné à temps grâce à Martin. Dans leur précipitation, les agents n'avaient pas remarqué le petit être frêle et terrorisé, étendu sur le flanc de sa mère, morte. Quand ils furent partis, Martin prit le louveteau et l'emmena avec lui. Plus tard il découvrit que c'était une femelle et la nomma "Maïeka". Personne ne pouvait deviner, en les croisant dans la rue, que cet homme à l'air inquiet ou d'autres fois paisible promenait une louve à ses côtés : Maïeka ressemblait à s'y méprendre à une chienne, type Berger Allemand, de par sa couleur; et elle paraissait si gentille que l'on voyait là une "bonne bête". En fait, il n'y avait aucun doute que du sang de chien coulait dans ses veines.
Les informations télévisées terminées, il se leva, s'étira, bailla puis alla nonchalamment vers la fenêtre. Il écarta le rideau et aperçut plusieurs voitures de police garées juste dans la rue d'en face : devant chez les Gordet. Peut-être poussé par la curiosité - mais il n'en était pas pour autant exempt de crainte - il descendit dans la rue accompagné de Maïeka pour se rendre chez le docteur Gordet. Il croisa l'inspecteur Volec dans la rue et considéra l'espace d'un instant l'homme un peu gras, visiblement tracassé par une affaire. "Voilà le type d'homme qui pense plus à sa gloire personnelle, à son envie que tout lui cède, qu'au malheur des pauvres gens. Quel idiot ce Gordet ! Mourir si jeune et laisser une femme et deux jeunes enfants derrière soi.", pensait Martin.
Le lendemain, il pleuvait; Martin promenait Maïeka quand il croisa deux femmes qui parlaient du temps : "Quel temps de chien !
- Tu l'as dit : il pleut trop à cette époque de l'année ! Vivement le retour des beaux jours.", se plaignaient-elles. Martin avait décidément du mal à comprendre tous ces gens qui haïssaient le mauvais temps. Il est vrai qu'ils avaient quelques fois de bonnes raisons, lui-même, certaines fois, regrettait qu'il ne fasse pas beau. Mais après tout, sans pluie, pas d'arbres, d'herbe, de rivières...Un bel orage était si impressionnant parfois, et il était si agréable d'avoir le visage fouetté et caressé par le vent. Il s'interrompit dans ses réflexions en se rendant compte que le tonnerre grondait. Maïeka n'était plus là. Il ne s'en inquiéta pas car elle n'allait jamais bien loin et revenait toujours; il s'abrita en attendant que l'orage passe, puis retourna sur ses pas et repassa devant le parc qui devait être vide aujourd'hui à cause du mauvais temps. Maïeka était là, dans le bac à sable, et à ses côtés se trouvait une enfant. Maïeka adorait les enfants et était incapable de la moindre méchanceté envers eux, même s'ils pénétraient sur son territoire - l'appartement - sans prévenir; mais s'il s'agissait d'un adulte inconnu et mal intentionné... La petite fille riait en caressant la louve, ses yeux étaient encore humides et rougis, mais elle ne pleurait plus. "Alors, Maïeka, tu as trouvé une nouvelle amie ?
- C'est votre chienne ?
- Oui
- Elle est vraiment gentille. Elle a vu que je pleurais et elle est venue me consoler.
- Que fais tu seule ? Tu es perdue ?
- Non, mais... j'ai eu peur de l'orage. Mais maintenant ça va mieux." Elle tremblait en disant ces mots; ce devait être le froid et la peur, songea Martin. Il la raccompagna chez elle et lui avoua que lui-même avait une peur bleue de l'orage quand il avait son âge, mais que cela était passé en grandissant, et qu'il en était de même pour tout le monde. Cela rassura la fillette.
En rentrant chez lui, l'inspecteur Volec claqua la porte, jeta son chapeau et son imperméable, et se dirigea derechef vers la salle de bain. Pendant que son bain coulait, il se rendit dans la cuisine, sortit un pack de lait et se mit devant la télévision. Chaque fois qu'une affaire le tracassait, il adoptait inéluctablement ce même rituel. Plusieurs fois, il lui était arrivé de s'endormir là et d'oublier ainsi son bain...Mais ce jour-là, il était bien réveillé. Il attendait les informations de onze heures, alors qu'une ombre silencieuse et grandissante se rapprochait de lui, à petits pas et sans crainte. L'appartement était peu éclairé, mais il aurait dû voir l'ombre. Sans doute l'état dans lequel il se trouvait l'empêcha-t-il de la remarquer, mais quand elle le frôla, il s'écria : "Mara ! Excuse-moi, j'ai encore oublié de te donner à manger !" Il se hâta vers la cuisine, suivi de près par sa magnifique chatte grise de sept ans. Tandis qu'il lui préparait sa pâtée, elle ronronnait de plaisir en se frottant contre les jambes de son maître. Une odeur étrange étroitement liée à un mauvais pressentiment la rebuta un peu, mais elle avait l'habitude car son maître était toujours couvert d'une dizaine d'odeurs nouvelles chaque jour.
Volec courut dans la salle de bain arrêter l'eau de justesse et se plongea dans son bain. Là, enfin, il commença à réfléchir. Trop peu d'indices. Une affaire bien étrange, et il n'en avait pas l'habitude. Un docteur de trente-cinq ans, en pleine santé, retrouvé mort chez lui, sur son sofa au petit matin par son fils. Aucune empreinte, aucun indice, rien, si ce n'est cette mystérieuse trace sur sa cuisse. Cela ressemblait à première vue à une piqûre, comme celles que l'on vous fait pour un vaccin. Peut-être l'autopsie révélerait-elle quelque chose d'autre. En attendant, Volec essayait de se détendre, sans cependant vraiment y parvenir. Il savait ce qui l'attendait le lendemain : visite du quartier, de tous les endroits où le docteur aurait pu se trouver la veille. Il fut tiré hors de sa réflexion par le retentissement de la sonnette d'entrée. Il avait complètement oublié ! Sa belle soeur venait manger chez lui. Il sortit nonchalamment de sa baignoire pour enfiler son peignoir de bain. "J'arrive".
Martin venait d'ouvrir ses volets. La journée s'annonçait splendide. A l'horizon, le soleil faisait déjà plus que pointer, il remarqua un phénomène qui le ravit, par sa simplicité et son côté magique. Non, cela ne pouvait pas être un avion. C'était trop gros, la lumière trop vive, la pente de chute trop raide. "Une météorite", se dit-il. "Je me demande s'il est possible d'en observer le jour." Il s'étira, ouvrit la porte de la cage du cochon d'Inde, la nettoya un peu et le nourrit. Ce faisant, il observait Maïeka et le cobaye qui se faisaient fête. A son goût, c'était un spectacle adorable. Il faudrait qu'il songe peut-être un jour à prendre un autre animal. Maïeka avait en effet toujours besoin d'afficher son amour maternel.
Une fois prêt, il laissa un mot à l'entrée de son appartement et sortit, Maïeka sur ses talons. A peine dix minutes plus tard, on sonna puis on entra dans l'appartement.
"Dommage que monsieur Hatleau n'ait pas été chez lui. Cette fillette m'a juste dit qu'il devait être sorti et qu'elle était juste venue rechercher son... cochon d'Inde, je crois. Quand j'ai essayé de tirer des renseignements d'elle, elle n'a pas arrêté de louer M. Hatleau, et surtout sa chienne, qui l'auraient réconfortée un jour d'orage.
- Je sais, inspecteur, vous faites ce que vous pouvez. Mais l'enquête doit avancer. Apparemment, ce monsieur n'a rien à se reprocher. Laissez tomber et continuez.
- Mais, commissaire...
- Si, j'insiste. On est déjà assez renseigné sur lui.
- D'accord", dit Volec à regret.
Il était envahi d'un pressentiment étrange concernant ce M. Hatleau, mais il n'avait pas le choix. L'avenir soutiendrait peut-être son opinion, et clouerait ainsi le bec à ce commissaire de malheur qui l'entravait toujours dans ses enquêtes. Son téléphone cellulaire retentit. "Excusez- moi, commissaire...d'accord...c'est entendu, j'arrive. C'était le médecin pathologiste chargé de l'autopsie, il a remarqué quelque chose d' assez intéressant, à ce qu'il m'a dit.
- Bon, allez-y.
Il se rendit immédiatement là-bas et pénétra dans la morgue avec un dégoût bien visible.
- Regardez.
- Euh ! C'est à dire...
- Bon, toujours aussi sensible, inspecteur, à ce que je vois !
- Je vous en prie, allez-y.
- Laissez-moi expliquer : cet homme a visiblement subi une piqûre et elle m'a tout de suite intrigué. Après un rapide et minutieux examen général, tout semblait normal, sauf une substance étrange dans son plasma sanguin, et visiblement sans aucun doute, une trace d'infection près du "vaccin"." L'inspecteur écoutait avec la plus grande attention cet homme qui, "visiblement", savait ce qu'il disait et en était convaincu. Le docteur Gordet était donc mort des suites de l'injection intraveineuse d'un poison mortel. A ce que disait le médecin, c'était une chance qu'on ait pu le repérer, car il disparaissait normalement assez vite du sang. S'en suivit toute une liste de théories qui auraient pu permettre cette étrangeté. Mais la question était : se l'était-il injecté lui-même, ou quelqu'un l'avait- il fait à se place ? Et si c'était le cas, qui avait fait cela ? Il était sûr que s'il trouvait cette personne, l'énigme serait résolue.
"Demain il va mourir parce que c'est son heure". Mais c'est quoi son heure, au juste ? Est-ce l'heure où il rejoint le paradis, l'heure où il s'envole comme un oiseau dans le ciel gelé d'hiver ou celui lourd et chaud estival ? Tant de questions qui restaient sans réponse pour Martin, et auxquelles il ne trouverait réponse qu'à l'heure de sa propre mort. Il s'était toujours posé beaucoup de questions quant au sens de l'existence, et il était désormais sûr d'une chose : enlever la vie à quelqu'un était une ultime punition humaine mais une bénédiction divine, c'est pourquoi il revenait à Dieu, et à Dieu seul, de la donner et de la reprendre. Mais...malgré tout, il pensait qu'il fallait punir les meurtriers de la nature qui ne méritaient plus de vivre. Peut-être se croyait-il investi d'une mission ? Non, il savait qu'une fois mort, ou du moins le croyait-il, il irait du mauvais côté, et non pas avec les oiseaux. Maïeka, elle, irait du bon côté.
L'inspecteur avait passé une semaine horrible et l'enquête n'avait pas avancé d'un poil. S'il continuait comme ça, elle allait bientôt lui être retirée. Personne ne s'était manifesté, et tous ceux qu'il avait interrogés ne lui apportèrent rien de sérieux. Il avait la désagréable sensation que le coupable ne serait jamais démasqué et continuerait tranquillement sa vie, comme si rien ne s'était passé, ou pire, qu'il recommencerait. Car pour lui il ne faisait aucun doute que c'était un meurtre. En sortant du bureau du commissaire, un vieil ami à lui, l'inspecteur Jean Gavine, l'aborda.
- Des problèmes, Lucas ? Je connais quelqu'un qui pourrait peut-être t'aider.
Volec le considéra un bref instant et répondit avec un agacement net :
- Si tu veux encore me faire aller voir cette médium... Tu sais ce que je pense de tout ça !
- Pourtant, elle a souvent aidé des collègues ! Même moi...
- Non, je t'ai déjà dit. Ils te disent des choses insignifiantes, et certains croient entendre la solution.
- Oui, mais ils l'a trouvent ! Même si tu n'y croies pas, cela t'éclaireras peut-être toi aussi.
- Et puis, je n'ai pas le temps.
- Pas le temps ! Mais ton enquête piétine. Et il ne vaut mieux pas laisser trop refroidir...
Lucas le regardait d'un oeil accusateur.
- Jean...
- D'accord, je lis sur les lèvres. Mais bon, tu dois admettre que tout le monde s'en doute de toutes façons. Tiens, prends son adresse, ça ne te coûte rien.
- Hors de question que je me pointe là-bas seul.
- Bon, j'irais avec toi. On n'a qu'à y aller maintenant et après on ira déjeuner.
Jean poussa la porte et un carillon se fit entendre. La salle était petite et sombre, il y avait quatre chaises. Au fond, face à l'entrée, on distinguait un rideau derrière lequel devait se trouver une porte. Il fallait bien admettre que l'atmosphère était assez impressionnante. Par chance, il n'y avait personne dans la salle d'attente.
- Je me demande ce que je fais là, grogna Volec entre ses dents.
- Attends un peu, elle va bientôt arriver.
Alors qu'il disait ça, la porte s'ouvrit et une jeune femme surgit de derrière, un air grave sur son visage. Volec faillit rire tant son attitude et ce lieu lui paraissaient grotesques.
- La voyante va bientôt vous recevoir.
Jean s'avança.
- Excusez-moi, mon ami est un peu réticent. Est-ce que je pourrais la voir un peu seul à seul ?
- Je pense que oui, suivez-moi.
- Toi, tu ne bouges pas.
Il s'imagina très bien Jean en train d'exposer le problème. L'attente fut brève et la porte se rouvrit bientôt. La tête de Jean passa par l'entrebâillement de la porte.
- Elle veut te voir. Elle dit ne pas pouvoir faire de voyance par procuration.
Pour le motiver, il ajouta :
- J'ai déjà payé.
Lucas s'avança à regret ( il ne s'était pas assis) .
Il rentra dans la pièce mais n'y passa qu'un temps très bref. A peine était-il entré que la voyante, qui commençait à lui dire bonjour, s'interrompit et eut l'air soudain affolée. Le seul mot qu'elle réussit à articuler fut : "partez !". Puis quand Jean prétexta qu'ils avaient déjà payé, elle lui balança son argent à la figure puis disparut derrière une autre porte. Les deux hommes restèrent là, quelque peu hébétés. Cependant, l'assistante les raccompagna et après avoir dit à Lucas de ne plus revenir, elle ferma le magasin.
- Et bien, on peut dire que tu lui as fichu une sacrée trouille !
- Oui, elle a dû sentir "mes pensées négatives" , dit-il avec ironie. Je crois que j'ai perdu mon temps.
- On peut aller voir quelqu'un d'autre...
- Non, n'insiste pas. On s'est bien amusés mais maintenant ça suffit. Allons déjeuner, tu veux ? Il ne me reste plus qu'une demi-heure : j'ai rendez-vous.
Jean, qui pensait en avoir assez fait pour la journée, tut la remarque qui lui brûlait les lèvres. Après tout, peut-être que Lucas lui parlerait de ce rendez-vous pendant le déjeuner. Il ne lui en parla pas. Mais il était tout de même décidé à l'aider dans son affaire. De plus, l'affaire de disparition dont il s'occupait sembler étrangement se lier à celle de son ami. Mais il lui en parlerait quand il en serait sûr.
Après avoir vu une de ses ex-femmes, avec qui il s'était encore disputé, Volec décida d'aller faire un tour dans le quartier de Gordet. Il n'y était encore jamais allé de nuit. En réalité, il n'espérait rien découvrir, et il avait surtout besoin d'un bon prétexte pour sortir prendre l'air.
Marchant lentement, il parcourait les rues sombres, juste éclairées par des lampadaires, à cette heure avancée de la nuit. La lune n'était pas pleine. A quand remontait la dernière pleine lune ? C'était ça : à la semaine précédente, le jour de la mort de Gordet, d'ailleurs, songea-t-il objectivement, sans une once de mélancolie. L'air était lourd. Il allait sans doute pleuvoir bientôt. Il avait chaud et sentait que l'air entrait plus difficilement par sa bouche qu'à l'habitude. A chaque inspiration, il le percevait, comme un liquide épais et visqueux, mais qui n'avait aucun goût. C'était assez désagréable comme sensation. Il entendait le vent dans les arbres, mais aucun souffle ne parvenait jusqu'à lui, si ce n'est au niveau de ses pieds, comme si la lourde atmosphère le freinait et allait même jusqu'à l'éteindre, du moins à certains endroits. Hormis ce léger bruit de vent, tout était calme. Au détour d'une rue, son regard fut soudain attiré par une lumière vers laquelle il se dirigea mécaniquement. Elle provenait d'une des fenêtres d'un immeuble. C'était plutôt une lueur étrange qu'une véritable lumière comme celle qu'aurait émise une ampoule. Au fur et à mesure qu'il se rapprochait, il acquit la certitude qu'elle était rouge, mais d'un rouge dont les intensités semblaient varier imperceptiblement, mais varier, tout de même. Quand il fut juste en bas, il s'arrêta. Levant le nez en l'air, il s'aperçut qu'une ombre s'approchait de la fenêtre, et il eut juste le temps de bondir derrière une voiture. Il espérait ne pas avoir été vu. Quand il regarda à nouveau, les volets avaient été tirés. Tout était noir, maintenant. Qui habitait là ? Il le savait. Quoi qu'en dise son chef, il enquêterait sur lui, et il l'en informerait quand il aurait des preuves tangibles. Il ne lui inspirait vraiment rien de bon, ce M. Hatleau.
"Cela fait six jours qu'il a disparu.
- Et pourquoi n'en ai-je pas été informé plus tôt ?
- Le légiste qui l'avait examiné est parti en vacances avant sa disparition et nous, on ne passe pas notre temps à surveiller les cadavres !
- Mais n'aurait-il pas dû être enterré depuis longtemps ?
- J'y suis pour rien moi, c'est pas mon boulot.
- Mais enfin, vous êtes quand même le gardien de la morgue !
D'abord surpris, Volec contenait maintenant difficilement sa colère.
- Il faut que je vois le légiste qui l'a autopsié, et je me fiche de savoir si il est en vacances ! Vous avez plutôt intérêt à le trouver vite fait. Et ce n'est pas la peine de faire cette tête-là ! Il n'est pas parti tout seul, ce mort, et vous dites n'avoir rien vu. Je pense que vous allez avoir des problèmes.
- Attendez ! Ne partez pas. Il y a peut-être quelque chose... Un médecin est venu demander à ce qu'on attende avant de rendre le cadavre à sa famille.
- Vous rappelez-vous son nom.
- Non, et c'est la première fois que je le voyais. Je vous jure que je n'y suis pour rien !
- Bon, si vous m'aidez, tout ira bien pour vous. Je veux les cassettes de la vidéo-surveillance.
- Je vais vous les trouver."
"Là ! Arrêtez sur cette image !" L'image n'était pas très nette, et on distinguait mal le docteur, en revanche, Volec reconnut immédiatement l'homme qui était à ses côtés : le docteur Gordet. Il était debout, et même, il marchait pour suivre le docteur qui quittait les lieux... "Il devient urgent que je vois le légiste..."
Le médecin légiste était embêté. "Et encore heureux que je n'ai pas fait d'autopsie..." songeait-il. Il est vrai que ce soir-là, il était un peu saoul. D'ailleurs, c'est tout juste s'il se rappelait avoir examiné le docteur Gordet. Heureusement, il lui restait les notes qu'il avait prises.
- Comment expliquez-vous ça ?
- Des erreurs sur le diagnostique de mort peuvent survenir, vous savez.
Il ressentait que l'inspecteur en voulait plus et il lui fallait trouver une explication. Il en tenait de sa réputation et peut-être même de sa carrière.
- Dans le cas de toxiques, ou avec des sujets hypothermiques, ou encore en état de coma... Il est probable que les trois concernaient ce cas.
- Enfin tout de même, de nos jours. Vous y allez un peu fort je crois ! Il y a pas mal de gens qui m'ont dit que vous étiez assez porté sur la boisson. Si vous ne vous ressaisissez pas, je ne sais pas si votre collaboration avec nous continuera longtemps. Avouez-le : vous avez bu, le soir de l'autopsie ?
Tout à coup, tout ce qui concernait cette soirée devint très trouble dans la tête du légiste, il ne se rappelait même plus avoir bu. Et immédiatement, une vérité lui sauta en plein visage : il ne savait même pas à quoi ressemblait le docteur Gordet...
- Quels sont les examens à pratiquer pour ce diagnostique ?
- Absence de respiration spontanée, arrêt circulatoire, abolition des réflexes du tronc cérébral.
- Les avez-vous effectués ?
Le légiste blêmissait à vue d'oeil.
- Répondez.
- Je...
- Vous ?
- Je... Je ne me rappelle plus.
Il avait l'air tellement troublé que cela intrigua Volec. L'inspecteur reconnaissait difficilement cet homme, d'habitude si ouvert et sûr de lui. A cet instant, il semblait terrorisé par quelque chose qu'il ignorait. Il y avait quelque chose de très étrange dans cette affaire. Et cela ne lui plaisait décidément pas du tout. C'est à ce moment que le sonnerie de son téléphone portable se fit entendre. C'était le commissariat.
- On a identifié le mystérieux médecin sur la bande. Il s'agit de Hatleau.
- Rendez-vous chez lui.
- Nous amenons le mandat.
Il n'y avait pas de réponse, alors ils enfoncèrent la porte et pénétrèrent dans les ténèbres. Aussitôt, ils se dispersèrent dans l'appartement où régnait un noir total. Ils ne trouvèrent pas Martin. Quand Volec, muni d'une lampe torche, pénétra dans la pièce qui donnait sur la rue, un frisson lui parcourut l'échine. Dans la pièce régnait une puanteur insupportable. Il mit sa main sur sa bouche et fonça droit aux toilettes. Il se passa un peu d'eau sur le visage et prit son courage à deux mains, se disant qu'il respirerait par la bouche. Quand il fut de retour, d'autres hommes contemplaient l'horreur qui régnait dans cette pièce, tous muets de stupeur, de dégoût, et il faut bien le dire, de peur aussi. L'odeur était bien plus forte que dans la morgue, mais c'était bien la même. Elle les terrorisait parce qu'elle les forçait à regarder leur propre mort en face, et tous s'imaginaient à la place des cadavres qui étaient devant leurs yeux, dans des postures qui révélaient une mort atroce. Il y avait une sorte d'autel, des bougies et d'étranges inscriptions. "Un rituel satanique", laissa échapper un des policiers. "Allez, que tout le monde sorte de cette pièce". Ils ne se firent pas prier. Mais l'horreur atteignit son paroxysme quand Volec reconnut l'un des cadavres. Il faillit se mettre à crier quand il identifia Jean Gavine.
"On a interrogé le légiste, il semble qu'il ait été manipulé. Il ne se rappelle pas grand chose, mais il a l'air terrorisé. Il a marmonné des absurdités incompréhensible puis il s'est enfermé dans un mutisme inviolable. Pour moi, il est évident qu'il préfère se taire parce qu'il a peur de mourir.
- Il faut continuer à l'interroger.
- Il ne sort plus un son.
- Même en lui assurant la protection de la police ?
- Rien à faire.
- Et qu'a-t-il révélé ?
Le policier regarda Volec avec un accablement bien net.
- Ecoutez, la mort de Gavine nous a tous profondément déstabilisés, mais ce n'est pas avec ce qu'il a dit qu'on retrouvera le meurtrier, ou qu'on le fera revenir.
Cette fois, Volec était agacé. Non mais, pour qui se prenait-il donc ?
- C'est moi qui mène l'enquête que je sache ! Et il ne faut rien négliger. Nous savons si peu de choses...
- Comme vous voudrez, après tout... On aurait dit un dialecte étrange, des formules comme celles qu'emploient parfois certains médiums.
- Heureusement que vous me l'avez dit. Imbécile !
- Vous avez une idée ?
- Et comment ! Donnez-moi l'enregistrement de ce qu'il a dit.
Quand il entra, il n'eut pas la même impression que la fois précédente. L'endroit n'avait plus aucune emprise sur lui. En en faisant une pièce de son enquête, il se l'était approprié, et il n'avait plus du tout peur. Et même, il était sûr de lui. A peine le carillon eut-il fini de retentir qu'il s'assit sur une chaise, juste derrière la porte masquée par le rideau. Cette fois, il n'était pas seul, une jeune et belle femme attendait aussi. Il la salua poliment, mais s'abstînt de tout commentaire. Les minutes passèrent mais il ne perdait rien de sa contenance. Au bout d'un moment, la jeune femme remarqua : "c'est étrange, elle n'est jamais en retard". A peine eut-elle achevé que Volec se levait d'un bon et enfonçait la porte de l'arrière boutique. Comme il le pensait, la médium était en train de quitter les lieux. Il s'interposa rapidement entre elle et la sortie.
- Je vous avais dit de partir ! Je n'ai rien à vous dire !
- Vous êtes sûre ? Pourquoi me fuyez-vous, alors ? Je ne vous ai rien fait, et je n'ai rien à vous reprocher. Mais si vous continuer à vous comporter comme ça, je pourrais bien commencer à me poser des questions... et vous emmener au poste !
- C'est ça, vous n'avez qu'à m'arrêter ! Vous n'avez absolument rien contre moi.
- Vous croyez ? Et suspicion de meurtre, ça vous irait ? Nous avons des preuves, d'ailleurs j'en ai une avec moi. Un enregistrement des paroles de quelqu'un, et il semblerait que ce soit des formules que vous employez souvent, à ce qu'on m'a dit.
- Mais c'est pour chasser le démon !
Elle se mordit la lèvre : elle s'était fait avoir. S'il venait à savoir, et il le saurait forcément, s'en serait fini d'elle. Elle était perdue. Il ne servait plus à rien de se taire. Tandis que son angoisse grandissait, la satisfaction de Volec s'accroissait parallèlement.
- Alors vous savez de quoi il retourne je suppose. Vous le savez depuis le début. Vous le saviez depuis que vous m'avez vu entrer ici la première fois, et peut-être même avant. On dirait de la complicité de meurtre. Je serais vous, je me dépêcherais de parler !
Elle n'avait plus le choix, elle était encerclée de toutes parts. Elle ne voyait pas du tout comment se tirer de là. Mais quoi qu'elle dise, cet inspecteur ne pouvait rien faire.
- Je suis médium. Je vois des choses. Mais vous ne croyez pas à la voyance. Quand je vous ai vu, je l'ai senti, j'ai senti que le mal était là. Et vous savez, il ne vaut mieux pas se mettre en travers de son chemin.
- Pas de ce baratin avec moi !
Il ne la croyait pas, cela ne servait à rien, mais elle poursuivit quand même, dans l'espoir de lui ouvrir l'esprit, et peut-être de le sauver.
- Des gens sont venus me voir pour les aider à s'exorciser du mal. Ce sont eux qui m'ont d'abord révélé sa présence.
- La présence de qui ?
- Mais je vous l'ai déjà dit, du Mal !
Elle avait l'air persuadée de ce qu'elle disait et Volec choisit une autre approche.
Il lui montra la vidéo de l'interrogatoire du légiste et il s'avéra qu'il était venu la voir.
- Il n'a rien fait, il a dû être hypnotisé.
- Regardez cette photo, est-ce lui le Mal ? dit-il en lui montrant une photo de Martin.
- Il utilise son esprit et son corps, mais ce n'était pas un mauvais bougre, vous savez.
Volec malgré lui se sentait maintenant pris au jeu.
- Il ne redeviendra plus comme avant ?
- Oh, si, quand il quittera ce monde, le démon cherchera quelqu'un d'autre à posséder. Et je sens qu'il lutte contre lui en ce moment. On vous appelle.
- Quoi ?
Son téléphone se mit alors à sonner. Il le décrocha, et se dirigea rapidement vers la sortie.
Il se retourna une dernière fois.
- Ne vous inquiétez pas. Il n'y a plus rien à faire pour moi. Je n'ai qu'une chose à vous dire : s'il vous appelle par votre prénom, fuyez, et ne vous retournez pas.
Il ne la prit pas au sérieux. En sortant, il entendit une dernière parole : "tout est joué".
Dans sa voiture, Volec continua la conversation téléphonique.
- On a repéré Gordet, et il faut voir dans quel état il est ! Vous feriez mieux de vous dépêcher, il dit qu'Hatleau va se ramener. Et il veut vous parler.
- Je suis en route.
- Il a l'air d'en avoir lourd sur la conscience.
- Je fais aussi vite que je peux. Qu'est-ce qu'il faisait en haut de cette falaise ? Il ne voulait pas se tuer ?
- Il ne veut parler qu'à vous.
Les autres s'éloignèrent et Volec resta seul avec le docteur Gordet. Ce dernier ne tarda pas à manifester une grande envie de confession. Et il commença à parler.
- La dernière chose que je me souvienne, c'est cette dispute avec Martin Hatleau.
- A propos de quoi ?
- S'il vous plaît, ne m'interrompez pas, nous n'avons que peu de temps. C'en était trop : il me demandait de lui fournir une autre victime pour ses sacrifices : ma fille. Non, laissez-moi continuer, je vous en prie. J'avais toujours obéi jusque là car il me terrorisait, mais vous ne pouvez pas comprendre... Si j'avais refusé, je n'ose imaginer ce qu'il aurait fait de moi. Je pensais qu'il me tuerait pour cet affront, mais il m'a juste puni. Il a besoin de moi, vous savez, il m'a choisi.
Volec ne comprenait pas grand chose. Il avait l'impression d'avoir à faire à une sorte de secte démoniaque. Ainsi donc, le docteur Gordet était complice. Mais il devait le laisser finir. C'était étrange, cet homme avait l'air si normal...
- Ca remonte au lycée. On était une bande de copains qui faisions des expériences de spiritisme. On voulait déconner. Mais un jour, il s'est manifesté, et là, il a fallu assumer... Nous étions cinq. Trois d'entre nous sont morts pour avoir désobéi. Et Martin, il n'est plus du tout le même, il ne contrôle plus rien. Quand il accomplit les rituels, je crois qu'il est inconscient de ce qu'il fait. Il a de la chance. Vous savez,c'était un très gentil garçon... Je ne sais pas pourquoi il l'a choisi.
Il s'arrêta un instant pour reprendre son souffle. Volec n'osait plus l'interrompre.
- Il approche, il faut que je me dépêche ! L'autre jour, quand je me suis réveillé à la morgue, je n'ai pas compris tout de suite ce qui m'arrivait. Et puis, je l'ai vu, Martin était là, il me souriait. Il a dit : "il te donne une seconde chance". Il y avait un autre homme dans la pièce, on aurait dit un médecin. Il avait l'air complètement hébété, et j'ai vite compris qu'il était sous son emprise, un vrai zombie. Quand nous sommes partis, l'homme n'a pas bougé d'un cheveu. On aurait dit... un légume, oui, c'est ça.
Il était de plus en plus agité.
- Qu'y a-t-il ?
- Il est là ! Il vient pour moi ! Il m'a retrouvé !
- Pourquoi en a-t-il après vous ?
- Je me suis sauvé !
Leur marche, tout en longeant la falaise les avait beaucoup éloignés, et ils étaient maintenant seuls. Le docteur changea brutalement d'attitude.
- Mon maître !
Volec se retourna et vit Martin dont le visage ténébreux était fixé dans une attitude réprobatrice. Il émanait de lui, ou à travers lui, une force étrange. Un chien était à ses côtés. Un instant, ils plongèrent leurs yeux l'un dans l'autre. Ce que Martin y trouva sembla le contenter. Volec recula d'un pas, sans plus pouvoir bouger ni réfléchir, et il attendit. Ils étaient très prêts du bord de la falaise. Gordet prenait une attitude soumise tout en s'avançant vers Martin, toujours possédé. Soudain, des enfants arrivèrent. "Pour vous mon maître". "Amène-les moi". Gordet s'empara d'eux, s'approcha du bord de la falaise. Volec était toujours paralysé. Il les approcha de Martin qui commença à psalmodier, les yeux fermés. Soudain, Gordet lâcha les enfants et fonça sur Martin qui, surpris, n'eut pas le temps de se raccrocher et tomba dans le vide en hurlant, durant sa chute d'une cinquantaine de mètres, avant de s'écraser sur le sol rocailleux. "Non, il n'en est plus question, j'arrête tout !" Les policiers, attirés par le bruit, arrivèrent au galop. Un autre hurlement se fit entendre, et Maïeka plongea dans le vide pour rejoindre son maître. "Ca, c'est de la fidélité", laissa échapper Volec qui avait recouvré ses esprits.
- Gordet, vous allez bien ?
Le docteur s'était agenouillé et il pleurait.
- Docteur ?
- J'ai tué mon maître !
- Docteur, c'est fini, ressaisissez-vous.
- Oh, non ! Qu'ai-je fait ? Je suis maudit. Pardon ! Vous, c'est votre faute !
- Mais enfin, qu'est-ce qui vous arrive ?
- Je vais réparer.
Il ouvrait de grands yeux exorbités. Il empoigna quelqu'un et l'attira vers le bord.
- Mais, ma parole, il a perdu l'esprit ! Emparez-vous de lui !
- Non ! Vous... Vous...
On mit les menottes à Gordet qui se débattit comme un diable.
- Je crois qu'il vaut mieux ne pas dire à sa femme qu'il n'était pas mort. Elle ne le reverra pas de toutes façons. Descendez chercher le cadavre.
Un quart d'heure plus tard, les hommes remontèrent l'air penaud, les bras vides. "Ils ont disparu, chef". Le commissaire venait d'arriver, et de féliciter Volec pour son intuition. Il prit un air interrogateur. "Mais tout le monde peut témoigner de sa chute".
Même après que tout le monde eut quitté les lieux, Volec resta. Il en éprouvait le besoin. Quelque chose le poussait à rester encore un peu, peut-être pour faire le point, pour réfléchir, peut-être pour autre chose. Toutes ses croyances s'étaient anéanties en un instant. Et c'était assez dur à encaisser. Il regardait le soleil décliner. Qu'est-ce qui pouvait bien pousser un homme à agir de la sorte ? L'atmosphère était étrange, et malsaine, mais il ne voulais pas partir, pas tout de suite. Regardant vers le bas de falaise, il ressentit tout à coup l'appel du vide. Il fut pris d'une irrésistible envie de sauter, non, de s'envoler. Il se rapprochait du bord, petit à petit quand il entendit quelque chose derrière lui. Il se retourna et vit un chien. Il ressemblait à un Berger Allemand. Il était très beau, d'ailleurs, éclairé par le soleil couchant, mais il avait l'air triste, aussi. Il semblait avoir besoin de son aide. Volec fit demi-tour et suivit le chien. Il le suivit jusqu'au bas de la falaise. Le chien disparut derrière des rochers. Il faisait presque noir maintenant. Il entendit une voix envoûtante et très attirante qui lui dit : "Viens, Lucas". Sans plus réfléchir, il se dirigea derrière le rocher d'où provenait la voix. Rien d'autre n'importait. Le soleil se couchait.
Fini le 19/09/99
Cécile A.